Retour à l'histoire de quelques FAI français

----------------------AOL France

America Online (AOL), un des premiers FAI à proposer un accès Internet (depuis février 1991 aux Etats-Unis), déjà numéro 1 mondial des services en ligne, crée en 1995 "AOL Europe" une entreprise commune détenue pour moitié par AOL et pour moitié par le groupe de médias allemand Bertelsmann. Cette joint-venture est chargée de vendre en Europe les services et produits sous licence America Online. Ces produits comprennent notamment la connexion et l'accès à l'Internet, la messagerie électronique, la messagerie instantanée, et des contenus exclusifs accessibles via un logiciel propriétaire. Celui-ci a la particularité d'être offert sur des CD distribués gratuitement dans les magazines informatiques tels que PC Direct (kit) ou PC Expert (kit), dans les boîtes aux lettres (pratique très courante à l'époque)…  

Présent en Allemagne depuis novembre 1995 et en Grande-Bretagne depuis janvier 1996, AOL poursuit son implantation en Europe en lançant le 18 mars 1996 son service en ligne en France avec le groupe Bertelsmann. Bertrand Le Ficher est le directeur général d'AOL France.

Avec un prix de 49 francs par mois pour trois heures de connexion offertes, l'Internet compris, et de 19 francs l'heure additionnelle, AOL propose dans l'Hexagone un service en ligne en français par abonnement, articulé autour de 12 " chaînes à thème " : info, sport, divertissement, savoir, international, micro/hi-tech, finance, voyage, pratique, contact (forums de discussion), jeux et Internet, passerelle d'accès au réseau des réseaux. (kit). Outre l'accès à l'Internet et aux forums de discussion, le courrier électronique et l'hébergement gratuit de votre éventuelle page Web complètent ce service qui se veut grand public et communautaire. Pour la finance, AOL s'est adjoint les services du groupe Desfossés International et, dans le domaine de la culture, c'est l'éditeur Bordas avec ses encyclopédies qui nourrira la chaîne, sans compter les partenariats avec Le nouvel Observateur, La Tribune, Sciences et avenir...

AOL France est un nouveau concurrent de poids face aux nombreux fournisseurs d'accès directs à Internet déjà présents sur le marché français (FranceNet, Club Internet, CompuServe, Infonie, Calvacom, World-Net...) et bientôt France Télécom Interactive (avec son projet Wanadoo) qui se disputent déjà le marché très convoité des quelques 500 000 foyers français équipés de micro-ordinateurs multimédias.

En février 1997, la Compagnie Générale des Eaux (CGE) fait l'acquisition de 30% du capital d'Havas et en prend le contrôle. Havas Edition électronique, hier filiale à 100 % de Havas, est désormais détenue à parts égales par Cegetel, l'opérateur de télécommunications de la CGE créé en 1996 et Havas.

Fin janvier 1998, Cegetel et Canal+, filiale de la Générale des Eaux via Havas, annoncent avoir signé une alliance avec America On Line (AOL) et son associé Bertelsmann. Les quatre partenaires regrouperont leurs activités Internet sur le marché français.

Le 9 mars 1998 est annoncée l'absorption totale d'Havas, et donc de Canal + par la Compagnie Générale des Eaux. Cette fusion donnera naissance à un acteur majeur présent aussi bien dans le domaine des télécommunications (Cegetel), de l'audiovisuel (Canal + et Canalsatellite) que dans le domaine des contenus (Havas).

En juin 1998, Vivendi (nouveau nom de la Compagnie Générale des Eaux depuis le mois précédent), prend une participation majoritaire (55 %), via Cegetel (36,67%) aux côtés de Canal+ (18,33%), dans AOL France et CompuServe France, les deux fournisseurs américains de contenus payants en cours de fusion ; AOL-Bertelsmann en conservant 45%. Cegetel apportera à l'entité française commune les 35 000 abonnés à son service Havas On Line. Le regroupement d'AOL, CompuServe et Havas On Line comptera dès l'origine plus de 250 000 abonnés, s'affirmant comme le leader des services en ligne Internet en France. Les offres de service seront désormais promues sous les marques " AOL par Cegetel " (pour le grand public), " CompuServe par Cegetel " (pour les entreprises) et " AOL par Canal+ " (pour le câble et le satellite). Les kits de connexion mentionneront désormais " AOL est un service de cegetel " avec le petit personnage de son logo (kit) et certains seront envoyés aux abonnés de la chaîne de télévision cryptée Canal+ (kit).

Stéphane Treppoz est nommé en août 1998 PDG d'AOL et CompuServe France où il remplace les deux directeurs généraux historiques, Bertrand le Ficher et Bertrand Usunier. Hormis cela, les deux marques sont maintenues, mais il est mis en place un comité de direction commun à AOL et CompuServe et toutes les équipes déménagent dans les locaux de Cegetel. Il deviendra de plus directeur général d'AOL Europe en novembre 2001, mais seulement jusqu'en septembre 2002 quand Philip Rowley, le directeur financier, est nommé directeur opérationnel d'AOL Europe.

A compter de septembre 1998 les formules d'abonnement sont au choix : 1) 35 francs pour 2 heures par mois de connexion, toujours avec 19 francs l'heure supplémentaire 2) 95 F/mois en connexion illimitée (kit) 3) 650 F/an en connexion illimitée, soit moins de 55F/mois. Connexion illimitée, mais les communications restent à la charge de l'abonné.

Fin 1999, apparait sur les kits de connexion l'offre par défaut à 95 F/mois comprenant 10 heures d'accès à Internet + téléphone inclus (18F/heure supplémentaire).

En octobre 1999, NC Numéricâble, filiale de Canal Plus (63%) et d'Exante (37%), un consortium d'investisseurs nord-américains, lance son offre commerciale d'accès Internet via le câble. Il rejoint ainsi le groupe des câblo-fournisseurs du Web français: Cybercâble (Suez-Lyonnaise), Chello (UPC) et Wanadoo Câble (France Télécom). NC Numéricâble est opérateur sur 33 sites, soient 215 communes françaises. L'offre Internet est proposée avec AOL France. Ce sont les 641 453 foyers déjà raccordés au service de télévision par le câble qui constitueront la première cible de l'offre d'abonnement à Internet de Numéricâble (kit). Conscient qu'il était difficilement possible d'être à la fois FAI, développeur et producteur de contenus, NC Numéricâble s'est recentré sur son cœur de métier de FAI et c'est AOL France qui se charge du contenu. (kit)

Après " l'Internet gratuit ", l'" Internet illimité " fait son apparition en France. Alors que la première expression signifiait simplement que l'abonnement au réseau Internet était gratuit, mais que les communications restaient à la charge de l'internaute, l'Internet illimité permet de se connecter au réseau, moyennant le paiement d'une somme forfaitaire. AOL propose d'abord une offre " AOL tout compris illimité " (téléphone inclus) au début de l'année 2000 (offre AOL Gold), pour 195, 245 ou 295 F par mois (kit).

AOL devient la star du bas débit illimité en lançant une offre à 99 F/mois (environ 15 euros) à partir du 21 août 2000. Il faut s'abonner sur une période de 24 mois pour bénéficier de cette offre à 99 F ; sans engagement de durée, le prix du forfait est de 199 F par mois. Sur les premiers kits de connexion fournis ou envoyés aux clients potentiels, l'offre exceptionnelle était valable jusqu'au 31/12/2000 (kit) (kit), mais lorsque la campagne de communication pour son offre Internet illimité et tout compris 99F/mois, 7j/7, 24h/24 démarre vraiment avec la distribution d'innombrables kits de connexion gratuits, AOL a ramené la date limite de souscription à l'abonnement au 31/10/2000 (kit).

Les autres conditions de l'offre sont peu contraignantes : offre mono-poste (un seul ordinateur connecté par abonnement) strictement réservée aux particuliers et paiement par prélèvement automatique. AOL ne veut pas commettre, en imposant ces conditions, les erreurs commises par ses prédécesseurs sur le marché de l'accès illimité en France. En effet, que ce soit World On Line, World-Net, OneTel, et à moindre mesure Freesurf, qui ont tous essayé des offres partiellement (le soir) ou complètement illimitées, tous ont été impressionnés par les fortes consommations sur Internet. Outre des abus constatés chez des particuliers ayant laissé la ligne ouverte toute la journée même en leur absence, c'est essentiellement la revente des services d'accès illimité (cybercafés, salles de jeu en réseau...) et son exploitation par des réseaux d'entreprise (connectée 24h/24 au réseau à travers un seul forfait) qui ont précipité les précédentes offres vers la porte de sortie. En mars dernier, WorldOnline a dû abandonner son forfait illimité.

AOL en a profité pour faire un lifting de son site web et dans ses offres d'abonnement, en prévision des nombreux utilisateurs qui utiliseront ce forfait : seule l'offre à 95 Francs par mois pour 15 heures de connexion sera proposée au côté de l'offre illimitée. AOL propose maintenant 15 chaînes de programmes exclusifs au contenu réactualisé quotidiennement : Info, Finance, Sport, Divertissement, Multimédia, Savoir, Jeux, Vie Pratique, Voyage, Près de chez vous, Zap, Plug in, International, Vie professionnelle et Shopping.

L'offre d'accès Internet illimité à 99F/mois est un grand succès : on estime fin octobre à 200 000 le nombre d'abonnés qui auraient adopté cette offre depuis fin août. Comme de surcroit le temps de connexion des usagers a été multiplié par trois, cela provoque des ralentissements et des problèmes de connexion dus au trop grand nombre d'utilisateurs sur les points d'accès. Les utilisateurs sont d'ailleurs déconnectés à intervalles réguliers, afin de soulager la charge des serveurs.

A l'issue de la période promotionnelle s'achevant le 31 octobre 2000, en raison de l'afflux de demande et de la saturation du réseau, AOL décide de ne pas renouveler son offre. En revanche, sa formule d'accès Internet illimité à 199 francs est maintenue au-delà de cette échéance. Pour faire face à la grogne de ses abonnés qui rencontrent des problèmes de connexion aux heures de grande affluence, la priorité est donnée à l'amélioration à l'accès réseau. AOL indique qu'il va investir 600 millions de francs et qu'à ses fournisseurs traditionnels, qui sont Cegetel et Siris, le FAI fera appel à d'autres opérateurs télécoms. Pour les abonnés inscrits dans la catégorie grands consommateurs (3% des membres selon AOL), des solutions techniques vont permettre de "moduler" leur durée de session aux heures de pointe, afin de répartir de manière plus équitable l'accès au réseau. Cette tranche de population devra subir des déconnexions régulières lors des périodes de forte affluence.

Le 15 janvier 2001, AOL propose, toujours à 99F/mois et avec un engagement d'abonnement de 24 mois, seulement 50 heures de connexion téléphone inclus (kit). La minute de connexion supplémentaire est facturée 30 centimes. Le nombre de chaînes thématiques passe de 15 à 20 en mars 2001 (kit). Fin 2001, avec l'avènement de l'euro au 1er janvier 2002, l'offre commerciale pour 50 heures passe à 14,95€/mois (98,07 FRF/mois pendant 24 mois) (kit).  

Le 29 juin 2001, un accord est intervenu entre l'Autorité de régulation des télécoms (ART) et France Télécom sur le dossier IFI (" interconnexion forfaitaire illimitée "). Il s'agit d'un "prix de gros" que l'opérateur historique propose aux prestataires privés pour qu'ils puissent eux-mêmes proposer à leurs abonnés des formules attractives "au forfait" (accès internet + appels téléphoniques) sans limite horaire (connexion illimitée). AOL France a considéré que cet arrangement restait prohibitif (75 % plus cher que sur le marché britannique, affirme son PDG Stéphane Treppoz) et que ces nouveaux tarifs d'interconnexion ne permettent pas de généraliser les forfaits tout compris illimités à un prix attractif. En conséquence, la filiale française d'AOL Time Warner a immédiatement décidé d'en faire payer le prix au consommateur et annonce à ses abonnés à la formule Internet illimité tout compris à 199F/ mois sans engagement de durée que le nouveau tarif de leur abonnement passera à 50 euros (soit 327,98 francs). Cette augmentation de 64% ( ! ) prendra effet à compter de la facture du mois d'août. AOL France tient à préciser que cette mesure ne concerne pas ceux ayant souscrit (en 2000) la formule moins chère (99 francs par mois), qui les engage en revanche sur 24 mois.

L'augmentation annoncée est si prohibitive qu'elle s'apparente à un enterrement de 1ère classe pour la formule "illimitée", qui ne figure d'ailleurs plus dans la liste des offres qu'AOL France propose sur son site. L'abonné est convié à passer aux formules "limitées", et notamment à celle à 50 heures par mois pour 99 F, formule où il faut s'engager sur 24 mois.

La crise réseau qui a affecté l'offre illimitée initiée en 2000 a causé beaucoup de tort à AOL en termes d'image. AOL se relance pourtant dans l'Internet illimité le 19 août 2002 pour un forfait de 24€99/mois (accès Internet + communications) sans engagement de durée (kit), deux semaines après le lancement d'une offre de connexion illimitée par Tiscali à 30€. Ce nouveau forfait AOL Illimité unifie toutes les offres illimitées précédentes, si bien que le forfait à 15,09 euros (99 francs/mois) pour deux ans, non rentable, lancé en août 2000, subit une augmentation de 66 %, ce qui provoque évidemment l'ire des anciens abonnés arrivés au bout des deux ans d'engagement. En revanche, les abonnés à l'ex-forfait à 199 francs, passé à 50 euros (328 francs environ) l'an dernier, verront, s'ils maintiennent leur abonnement, leur facture divisée par deux. Les abonnés ont trente jours pour se décider (soit pour résilier leur contrat, soit pour passer à l'ADSL pour 44,99 euros par mois avec modem gratuit (voir plus loin) sans quoi ils se voient d'office attribuer le forfait offre illimitée à 24,99 euros par mois, mais sans durée d'engagement. Dans un premier temps, le nouvel accès illimité s'adressera aux 100 000 premiers inscrits (auxquels s'ajoutent les anciens abonnés intéressés par l'offre), ce qui devrait permettre au fournisseur d'éviter les déboires provoqués par le succès de la première offre illimitée qui avait attiré des centaines de milliers d'abonnés. Pour simplifier ses offres commerciales, AOL supprime son forfait pour 50 heures.

     

MOUVEMENTS CAPITALISTIQUES

Le 10 janvier 2000, aux Etats-Unis, au plus fort de la bulle Internet, Steve Case, PDG d'AOL, et Gerald Levin, PDG de Time Warner, numéro un des médias avec le cinéma (Warner Bros), les chaînes de télévision (CNN et HBO), le câble, mais aussi la musique et la presse, annoncent leur intention de fusionner leurs entreprises, pour former AOL Time Warner devenant le premier groupe de médias mondial. L'accord a été conclu le 11 janvier 2001, la fusion nécessitant l'obtention des autorités en charge de la concurrence, aux Etats-Unis et en Europe.

En Europe, AOL est présent dans 9 Etats membres de la CEE (Belgique, Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Autriche, Suède et Royaume-Uni). Bertelsmann possède un certain nombre d'entreprises de contenu, dont CLT-UFA (RTL Group), la société de production cinématographique et de programmes de télévision, Pearson, le producteur de programmes de télévision et éditeur du Financial Times, et BMG, sa branche d'édition musicale. Enfin, Bertelsmann a une entreprise commune avec Lycos, dénommée Lycos Europe/ Comundo, qui propose essentiellement des services d'accès à l'Internet. Pour la Commission européenne, il apparaît que si les liens structurels qui existent entre AOL et Bertelsmann étaient maintenus, la nouvelle entité AOL Time Warner alliée avec Bertelsmann pourrait acquérir une position dominante sur le marché de la musique en ligne et sur le marché de l'accès à l'Internet par ligne commutée.

La décision de la Commission des Communautés Européennes du 11 octobre 2000 déclare l'opération de concentration compatible avec le marché commun sous réserve du respect des engagements de AOL et Bertelsmann de mettre en place un mécanisme qui permettra à Bertelsmann de se retirer progressivement d'AOL Europe et de l'entreprise commune de droit français AOL CompuServe. Les parties prennent un certain nombre de mesures jusqu'à ce que ce retrait soit effectif, afin que Bertelsmann n'exerce pas de contrôle sur AOL Europe ni sur AOL France. Notamment : AOL a fait émettre par AOL Europe un nombre d'actions égal à 1 % du capital d'AOL Europe à l'ordre d'un investisseur qui n'est ni contrôlé par Bertelsmann AG ni affilié à cette dernière. Cette émission a ramené la participation et les droits de vote de Bertelsmann AG à un niveau inférieur à 50 %.

Début janvier 2002, AOL Time Warner annonce sa volonté de racheter en cash les 49,5% détenus par Bertelsmann dans AOL Europe pour un montant de 7,56 milliards d'euros (6,75 milliards de dollars). L'opération aura lieu en deux étapes: 5,88 milliards d'euros en janvier et 1,68 milliard en juillet.

Vivendi, devenu Vivendi Universal après sa fusion en juin 2000 avec Seagram, maison-mère d'Universal Music Group (PolyGram, MCA Music Entertainment Group) et des studios de cinéma Universal), est depuis 1998 à hauteur de 55% dans le capital d'AOL France, créé deux ans auparavant. Une participation détenue via Cegetel (36,67%) et Canal + (18,33%), filiales du groupe Vivendi Universal. Jean-Marie Messier, son PDG, affirmait depuis de longs mois son intention de se séparer des 55% qu'il détient dans le fournisseur d'accès. La cohabitation au sein d'une filiale commune entre Vivendi Universal et AOL-Time Warner, respectivement n° 2 et 1 mondiaux de la communication, était, il est vrai, devenue délicate.

La sortie de Vivendi Universal (VU) du capital d'AOL France s'est faite fin mars 2001, même si le montage financier peut surprendre. En effet, VU quitte AOL France pour entrer au capital d'AOL Europe. La participation de 55 % sera échangée contre des actions privilégiées d'AOL Europe valorisées à quelque 725 millions de dollars ; ces actions donnent droit à un dividende de 6 %. En avril 2003, AOL Europe devra choisir entre deux scénarios : La société pourra racheter ses actions ou les échanger contre des actions ordinaires AOL Europe qui seront cotées en Bourse ou des actions AOL Time Warner.

Les ponts entre VU et AOL France ne sont pas coupés pour autant. Cegetel, la filiale de télécommunications de Vivendi, restera l'opérateur télécoms d'AOL France. Mais l'accord prévoit un délai de trois mois avant que Vivendi Universal ne "retrouve sa liberté de fournisseur d'accès". La participation de Vivendi dans AOL France empêchait en effet jusque-là le groupe de communication de proposer sa propre offre. Vizzavi.fr lancera son offre d'accès Internet en octobre 2001.

En avril 2003, AOL Time Warner annonce qu'il opte pour le versement en numéraire de 812,5 millions de dollars à Vivendi Universal pour récupérer les actions privilégiées AOL Europe. Cette manœuvre est stratégique pour AOL Time Warner : avec le désengagement parallèle de son deuxième grand allié européen Bertelsmann, le groupe de communication américain va retrouver le contrôle intégral de sa filiale AOL Europe. Sur les 35 millions d'abonnés AOL dans le monde, la filiale européenne en représenterait plus de 6 (dont un million en France).

 
     

AOL ET L'ADSL

Selon une enquête organisée par Linternaute.com et Le Journal du Net en novembre 2001, l'ADSL est plébiscité. Si le tarif reste le premier critère de choix d'un FAI avec près de 40 % des réponses, la possibilité d'avoir un accès illimité et une grande vitesse de connexion, deux possibilités des offres haut débit câble et ADSL, montent en puissance dans les critères des internautes. Un passage à l'ADSL est de très loin la première motivation pour changer de fournisseur. Dans cette bataille, les principaux FAI n'ont pas tous affiné leurs armes : si Wanadoo, Club-Internet et LibertySurf se sont lancés dans la bataille de l'ADSL, AOL et Free n'ont pas débuté la commercialisation de leurs offres.

Le dégroupage (ouverture à la concurrence) de la boucle locale, qui permet à un opérateur télécom alternatif de relier directement les utilisateurs finaux à son réseau sans passer par l'intermédiaire de l'opérateur historique France Télécom, a pour objectif d'accélérer le développement d'offres ADSL en France. Or, cette stratégie exige de l'opérateur d'importants investissements dans la construction et le déploiement d'un réseau propriétaire. AOL n'aborde pas le marché de l'accès Internet sous l'angle des télécoms (Cegetel sous-traite l'accès pour AOL France) et opte pour une approche de contenus, de "communication globale". Le FAI étant amené à devenir une plate-forme où shopping, télévision, cinéma, musique se marieront intimement.

AOL France, qui a bataillé pour l'Interconnexion forfaitaire illimitée (IFI) qui devait permettre de développer l'accès Internet bas débit à un tarif raisonnable, n'entend pas se battre autant pour défendre le dégroupage. L'ADSL est perçue comme un complément dans la gamme d'offres d'accès Internet AOL pour éviter qu'une partie des abonnés décide de se désabonner faute d'avoir trouvé une offre "maison". "L'enjeu pour AOL France réside toujours dans la généralisation de l'accès Internet bas débit sur l'ensemble du territoire", explique Alexander Kramer, son directeur de la stratégie et des nouveaux produits. Stéphane Treppoz, son PDG, a toujours soutenu que la seule bonne manière de favoriser le développement d'Internet en France était l'illimité à bas coût (donc à bas débit). " Sans compter que le bas débit est disponible sur tout le territoire, ce qui ne sera jamais le cas du haut débit ". Tandis que les autres fournisseurs ont déjà clairement mis l'accent sur la connexion rapide accompagnée de fortes remises sur l'ouverture de ligne et l'achat ou la location du modem adéquat, AOL donne la priorité à l'Internet illimité bas débit et continue à communiquer uniquement sur lui. Je ne possède que 4 kits de connexion Internet titrant sur l'ADSL avant l'année 2005 (kit). AOL se contentera longtemps de coller une pastille " AOL ADSL " sur les pochettes et surtout sur les coffrets envoyés par la poste.

Dernier des grands FAI à proposer une offre ADSL, AOL France débute très discrètement la commercialisation d'une offre nationale ADSL en décembre 2001. Pour 49,90 euros par mois (aucun kit n'existe à ma connaissance) (soit 327,32 francs) et l'achat d'un pack modem à 149,90 euros (environ 984 F), un internaute peut souscrire, pour un an minimum, à l'offre ADSL d'AOL (512 Kbit/s en réception et 256 Kbit/s en émission). Le premier mois est offert. Une offre légèrement plus chère que celle de Wanadoo ou de Club-Internet, dont l'abonnement est plus proche de 300 francs par mois. AOL a décidé de réserver cette offre principalement à ses abonnés. La seule exception concerne les 1000 premiers acheteurs du pack distribué uniquement dans les magasins Auchan, partenaire privilégié d'AOL France dans le monde de la grande distribution [Les kits AOL avec Auchan offraient souvent un doublement de la durée d'essai gratuit (aol0364 et aol837 par exemple)]. Elle sera étendue à tous les foyers géographiquement raccordables au réseau ADSL dans le courant 2002. Quant aux internautes qui utilisent les forfaits illimités, AOL leur réserve un traitement de faveur : les 5000 premiers inscrits avant le 28 février 2002 se verront offrir le pack modem. Ceux qui avaient souscrit à un abonnement illimité avec une durée minimale pourront l'interrompre avant l'échéance pour le remplacer par un abonnement ADSL.

En octobre 2002, AOL annonce le lancement de sa nouvelle gamme de forfaits ADSL. L'offre 512 Kbps, qui avait fait son apparition en décembre 2001 au prix de 49,90 € par mois, est dorénavant commercialisée à 44,99 € par mois. Le FAI complète son dispositif avec une nouvelle formule : un forfait 128 Kbps à 29,99 € par mois (kit) (kit). Pour ces offres, les engagements contractuels portent sur douze mois. En promotion jusqu'au 31/03/2003, le Pack Modem AOL ADSL et les frais d'accès au service sont offerts aux 5000 premières souscriptions.

Pour la rentrée de septembre 2003, comme de coutume, les fournisseurs d'accès Internet préparent leur nouvelle offensive commerciale. Si les principaux FAI délaissent de manière plus ou moins flagrante leurs offres en RTC pour se concentrer sur le haut débit, AOL a " ajusté " le tarif de son abonnement illimité de 24,99 à 29,99 € (une augmentation de 20% ! - un accès illimité dont il ne fera aucune publicité sur les kits, car AOL a décidé de ne plus prendre de nouveaux abonnés sur cette offre illimitée) et réduit son offre bas débit à un seul et unique nouveau forfait (nouveau puisqu'il avait été supprimé l'année dernière) de 50 heures par mois pour 16,90 € (kit).

En connexion classique (bas débit), à côté du forfait de 50 heures à 16,90 €, va apparaître un forfait de 10 heures par mois pour 8 € (0.05 € par minute supplémentaire au-delà du forfait).kit

Pas de réduction de prix sur l'ADSL. "Nous avons choisi d'orienter notre discours sur la marque et sur la nouvelle version de notre logiciel propriétaire, qui demeure notre vraie différence par rapport aux autres FAI", explique Laurent Foisset, directeur de la publicité et du marketing direct (La nouvelle version AOL 8.0 est arrivée ! kit). Bref, AOL préfère miser sur les fonctionnalités spécifiques du FAI et sur la qualité des services associés à ses offres d'accès : portail abonné, antivirus, anti-spam, système de contrôle parental, accès à la messagerie instantanée AIM et à des contenus spécifiques uniques autour de Time-Warner. Il y a maintenant 21 chaînes exclusives. AOL communique autour de la toute dernière version, 8.0, de son navigateur avec un nouveau slogan : "AOL à 100 %." (kit). Désormais, AOL a trois opérateurs pour le bas débit (Cegetel, Transpac - filiale de France Télécom - et LDCom) et deux sur le haut débit (Cegetel et Transpac).

AOL abandonne peu à peu le modèle d'accès à ses services via ses logiciels propriétaires. De très nombreux clients se plaignent en effet de devoir se connecter à Internet via le logiciel AOL et non avec leur propre navigateur, se retrouvant bloqués. Cette obligation est aussi mal vue d'un point de vue légal que d'un point de vue pratique. C'est ainsi qu'apparaissent la possibilité de se connecter au réseau ADSL via n'importe quel modem routeur, des accès aux services via le portail web et aux boîtes aux lettres AOL (avec Outlook, l'outil de messagerie électronique de Microsoft, pour ceux qui le souhaitent). Mais hélas, il est déjà bien trop tard, et AOL se retrouve seul à imposer de telles restrictions à ses clients : le prix et la technique étant contre elle, la société perd de plus en plus de clients.

Le 23 décembre 2003, alors qu'il a pris beaucoup de retard dans le haut débit et que de nombreux fournisseurs commencent à proposer ces accès à des prix attractifs, AOL se décide finalement à adapter ses offres haut débit dont les tarifs n'avaient pratiquement pas évolué depuis leur lancement en 2001. A partir du 30 janvier 2004, le 512 Kbits/s passe de 44,99 € à 27,99 € en zones dégroupées et 19,99 € pendant 3 mois puis 44,99 € sur le réseau France Télécom. Mais la véritable innovation tient dans le lancement d'un nouveau forfait : le 1024 Kbits/s proposé à 27,99 € dans les zones dégroupées (AOL utilise le réseau de fibres optiques de Cegetel) (kit). Le 128 Kbits/s lui ne bouge pas à 29,99 € par mois. Paradoxe du dégroupage qui permet d'offrir le très haut débit à un prix inférieur à l'ADSL d'entrée de gamme ! De plus, l'offre n'est pas soumise à engagement de durée. Seuls des frais de fermeture de l'accès seront facturés 96 € moins une réduction de 3 € par mois d'abonnement. Enfin, quel que soit le forfait, les nouveaux abonnés bénéficieront d'une offre à 19,99 € les trois premiers mois pour toute souscription avant le 31 mars 2004. Les anciens abonnés ne sont pas oubliés et bénéficieront également des nouvelles conditions.

En mai 2004, avec le projet AOL Performance, deux grands volets ont été explorés pour améliorer les capacités réseaux du FAI. En premier lieu, l'adaptation de l'architecture réseau aux nouvelles attentes des internautes (des investissements représentant environ 10 millions d'euros par mois). En second lieu, le développement d'outils logiciels de compression de données permettant d'accélérer le chargement des pages Web. Dans sa nouvelle version 9.0 de l'interface entièrement propriétaire d'AOL qui sera distribuée aux abonnés d'AOL ADSL à partir du 17 mai, le logiciel propose la fonctionnalité TopSpeed, qualifiée d'accélérateur de pages Web (kit). Ce nouvel outil est sensé permettre de réduire de 42 % le temps d'affichage des pages Web pour les abonnés RTC, de l'ordre de 50 % pour les abonnés ADSL.

Changement de PDG

Le 30 juin 2004, après presque six années à la tête d'AOL France, Stéphane Treppoz est débarqué. A son départ, AOL France compte 1,2 million d'abonnés, mais la société n'a jamais été rentable. Pire peut-être, elle est passée à côté de l'explosion du marché ADSL en ayant privilégié pendant longtemps le bas débit. Ainsi, malgré une puissance marketing importante, il ne compte que 350 000 abonnés ADSL, contre 770 000 pour Free, par exemple. Il est remplacé à la présidence par Carlo d'Asaro Biondo, ex responsable du développement des activités télécoms d'AOL Europe. Avec l'arrivée d'un spécialiste des télécoms au moment où la plupart des concurrents d'AOL n'ont d'yeux que pour le "triple play", c'est-à-dire une offre combinant un accès internet, une offre de téléphonie sur IP et un bouquet de chaînes de télévision, il semble qu'AOL veut miser sur la convergence entre Internet et les télécoms, ce qui passera sans doute par le rapprochement avec un opérateur, également FAI ou non.

Le changement de stratégie de la filiale française du groupe AOL Time Warner opéré avec l'arrivée d'un nouveau PDG n'a pas tardé à se mettre en place. Le 9 août 2004, AOL lance une nouvelle gamme d'offres ADSL nettement plus compétitive qu'auparavant en profitant à son tour du dégroupage avec le réseau de Cegetel. Des offres axées sur l'augmentation des débits et la baisse des tarifs ADSL. Ainsi, AOL offre maintenant un accès très haut débit de 5 Méga à 22,90 € (kit) en zones dégroupées ; le niveau de débit dépendra en fait de la qualité de la ligne des internautes ; de 2 Mbit/s à 39,90 € dans les zones non dégroupées. L'abonnement 1024 kbit/s est proposé à 16,90 € pour les abonnés dégroupés et 32,90 € pour les autres. Hors zones dégroupées, les abonnements 512 kbit/s et 128 kbit/s sont, quant à eux, respectivement de 27,90 et 19,90 €. Adepte des offres complexes, AOL France précise que les nouveaux tarifs augmenteront de 5 € au bout de douze mois. Offres valables jusqu'au 31/12/2004. Le modem ADSL est vendu 49,90 € ; les frais d'accès au service sont offerts. Par ailleurs AOL impose un coût fixe de désabonnement de 49 €, quel que soit le temps d'abonnement passé.

Mais si AOL propose des accès hauts débits de 2Mbit/s et plus, le FAI ne fournit pas les services à valeur ajoutée (téléphonie, TV, etc.) que proposent les opérateurs/FAI comme Wanadoo, Neuf Télécom ou encore Free.

 
La priorité majeure d'AOL France est de devenir rentable. Début novembre 2004, Carlo d'Asaro Biondo, outre un plan de réduction des coûts, annonce le licenciement d'une centaine de salariés sur les 1350 que compte le groupe en France. La majeure partie des suppressions devrait toucher l'animation éditoriale des chaînes thématiques du portail. AOL continuera de fournir les 19 chaînes existantes, mais seules les plus populaires (actualité, sport, voyages, loisirs) seront réalisées en interne. Les autres rubriques feront l'objet d'un partenariat éditorial.  

À l'inverse de ses principaux concurrents, AOL n'investira pas dans la construction d'un réseau et continuera de s'appuyer sur le réseau dégroupé de Cegetel (qui deviendra en mai 2005 Neuf Cegetel après sa fusion avec Neuf). Carlo d'Asaro Biondo explique : "Nous avons fait un autre choix: être rentable avec notre taille actuelle (...), ne pas créer un modèle qui nous oblige à détenir plus de 15% de parts de marché pour être rentable". Soit sa situation actuelle:1,2 million d'abonnés, dont 500.000 en ADSL. L'objectif est désormais de convertir à l'ADSL le maximum d'abonnés bas débit, tout en limitant le nombre de ceux qui partent à la concurrence. Ce revirement stratégique d'AOL correspond à une volonté de recentrer son modèle économique sur la publicité en ligne, devant une baisse continue des ventes d'abonnements.
Débarrassé des questions techniques, le fournisseur d'accès va pouvoir se concentrer sur les services à fournir aux abonnés. Il mise en priorité en 2005 sur "l'AOL Box", son nouveau modem compatible Wi-Fi, qui offre un débit ADSL en réception jusqu'à 18 Mbps et une téléphonie sur IP (kit), toujours avec des tarifs spécifiques aux zones dégroupées ou non dégroupées.

AOL propose le 2 mars 2006 sa nouvelle offre d'abonnement en dégroupage total à ses abonnés, qui permet de s'affranchir complètement de France Télécom, couplant accès Internet ADSL jusqu'à 18 Mbits/s et téléphonie illimitée au prix de 29,90 euros par mois. Offre disponible à partir du 11 avril.

Les zones dégroupées totalement d'AOL couvrent environ 90 % du réseau dégroupé de Neuf Cegetel. AOL annonce ainsi un taux de couverture de la population française de 50 %. Avec sa nouvelle offre haut débit en dégroupage total proposée à 29,90 euros par mois, AOL s'aligne sur les tarifs de ses concurrents. Ce tarif est notamment celui de Free, premier FAI alternatif sur le marché de l'Internet français avec 1,6 million d'abonnés ADSL à fin 2005. A une différence près : la télévision sur ADSL !

La télévision, chaînon manquant du triple play, devrait s'ajouter dans le courant de l'année 2006, ainsi qu'une offre de vidéo à la demande (VOD) accessible depuis le portail AOL.fr. Le portail confirme être en négociation actuellement avec des distributeurs de contenus audiovisuels pour construire ces offres, notamment grâce aux contenus de Time Warner. La date de lancement et le modèle économique - offre triple play à prix unique ou télévision en option - sont gardés secrets.

L'offre ADSL jusqu'à 18 Méga, téléphone illimité vers les fixes, TV numérique interviendra à compter du 01/09/2006 au prix de 29.90 €/mois pendant 3 mois, puis 35.90 €/mois (kit).

Début août 2006, Time Warner publie ses résultats trimestriels et annonce presque en même temps l'établissement de négociations exclusives de sa filiale française avec Neuf Cegetel, en vue d'une cession. Une coïncidence symbolique du changement de stratégie du groupe américain, qui veut recentrer AOL sur le contenu, au détriment de la fourniture d'accès Internet.

Le 21 septembre 2006, AOL vend son activité de FAI au groupe Neuf Cegetel, soit un portefeuille de clients comptant 500 000 abonnés ADSL. AOL ne disparaît pas pour autant, le contrat prévoyant que ce dernier fournisse des services d'audience et de régie publicitaire aux portails grand public de Neuf Cegetel (neufportail.fr, cegetelportail.fr) et à aol.fr, qui enregistrent au total 9 millions de visiteurs uniques par mois. Le montant de la transaction s'élève à 288 M€, que Neuf Cegetel paiera en cash. Neuf Cegetel indique que l'opération sera transparente pour les anciens abonnés d'AOL car ces derniers utilisent déjà l'infrastructure réseau de Neuf Cegetel. Ils continueront de bénéficier de leur accès Internet et de leur portail actuel. Fin 2006, tous les abonnés haut débit d'AOL se verront proposer les services de Neuf Cegetel. Neuf Cegetel devrait également proposer des offres alléchantes aux abonnés bas débit d'AOL France pour les inciter à migrer vers l'accès haut débit.

L'opération ayant dû au préalable recevoir le feu vert de l'autorité française de contrôle de la concurrence, la cessation par la société AOL Europe services SARL de son activité d'accès internet en France est effective au 1er novembre 2006.

Le 19 avril 2018, le portail d'AOL France ferme, redirigeant les internautes vers le portail de sa société-sœur Yahoo !

 

Retour à l'histoire de quelques FAI français